La co-construction au cœur de l'action associative : accompagner les nouveaux enjeux de société et de territoire
> Thème des 58èmes Rencontres Nationales à Rennes en décembre 2023
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Le mercredi 6 décembre, à la Maison des Associations de Rennes
Administratrice du RNMA
"Nous sommes très heureux d’être reçus à Rennes pour ces 58ème rencontres nationales du Réseau National des Maisons des Associations pour travailler ensemble sur la co-construction au cœur de l’action associative, ou comment nos structures peuvent accompagner les associations au changement lié aux nouveaux enjeux de sociétés et de territoire. Si nous sommes à Rennes, c’est qu’il existe ici une véritable culture du dialogue qui a permis l’élaboration, dès 2016, d’une charte d’engagements réciproques (CER) entre la collectivité et les associations. En 2021, cette ville forte d’un tissu associatif dense et acculturé au travail coopératif lançait la rénovation de sa CER avec l’accompagnement du Réseau National des Maisons des Associations (RNMA). Après 12 mois de concertation entre la Ville et le monde associatif, une nouvelle CER était née. Pour rappel, une Charte d’engagements réciproques est un outil co-construit de formalisation des relations entre les associations et les collectivités. À Rennes, elle s’incarne dans des défis propres au territoire : écoresponsabilité, égalité et lutte contre les discriminations, numérique solidaire…
Cette co-construction s’est également traduite dans la préparation de ces Rencontres qui a mobilisé à la fois le Mouvement Associatif Rennais (MAR), la Ville de Rennes et l’association Bug, gestionnaire de la MDA de Rennes. Ce riche travail de construction à 4 acteurs a produit le programme dense que nous vous proposons pour ces journées. Celui-ci met l’accent sur les riches expériences rennaises, tout en présentant la diversité des pratiques des membres du Réseau. Merci à toutes celles et ceux qui contribuent à ces Rencontres par leurs témoignages, leur intervention, ou simplement leur participation active !
La co-construction est un thème de travail historique du Réseau. Déjà en 2018, deux éditions des Rencontres Nationales à Villeurbanne et Mulhouse avaient été consacrées à cette thématique. C’est aussi une observation au long court de ce sujet que permet la structuration de notre Réseau constitué de membres issus de collectivités territoriales mais aussi de collectifs associatifs. Cela nous appelle à réfléchir à ce thème à enjeux car, au-delà des discours, il faut pouvoir l’incarner.
Pour définir le terme de co-construction, je reprendrai la définition proposée par Laurent Fraisse dans son rapport de 2018 sur la co-construction de l’action publique qui caractérise la co-construction comme « un processus institué de participation ouverte et organisée d’une pluralité d’acteurs à l’élaboration, à la mise en œuvre, au suivi et à l’évaluation de l’action publique ». En décortiquant cette définition, on peut interroger la notion de « participation » qui se distingue de la logique représentative où l’on délègue par le vote son pouvoir de décision. Le processus de co-construction vient donc questionner le pouvoir et les processus de décision sur le territoire.
La définition insiste ensuite sur la nécessité « d’une pluralité d’acteurs » : c’est la question du « qui » participe ? Si on a l’habitude de résumer le débat entre “habitués” et “éloignés” de la participation, l’enjeu pour les Maisons des associations se situe davantage dans la reconnaissance des associations comme corps intermédiaires légitimes à porter une voix structurée de la société civile. On constate aujourd’hui que la plupart des dispositifs s’adressent aux citoyens (budgets participatifs, conseils citoyens, conventions citoyennes…). Se pose donc la question de la place des associations et de l’action collective dans le jeu démocratique et dans la co-construction des politiques publiques. Quelle institutionnalisation des associations dans le processus démocratique ?
Mais n’oublions pas aussi que les associations doivent jouer le jeu de la participation et s’impliquer dans les processus, tout particulièrement à l’échelle locale. À ce titre, le travail du MAR, ici à Rennes, fait figure d’exemple.
La définition se poursuit par « l’élaboration, à la mise en œuvre, au suivi et à l’évaluation ». Ce qui interroge sur le processus même de la co-construction. Si l’on se réfère à l’échelle d’Arnstein, le spectre est large. Pour certains, la « consultation » est déjà une forme de participation. Cela semble bien insuffisant au regard des aspirations qui s’expriment, alors affirmons qu’il faut un pouvoir effectif aux citoyens, aux associations pour pouvoir parler de participation ou de co-construction. Et il faut être vigilant quant aux possibilités d’instrumentalisation de ce type de démarche si elle n’est pas sincère.
Finalement, quels sont les ingrédients pour que la co-construction marche ? Ils sont multiples mais il est nécessaire d’insister sur la confiance entre les acteurs qui est essentielle pour espérer créer une démarche co-construite.
Alors quid de la Loi du 24 août 2021, confortant le respect des principes de la République et qui a posé l’obligation pour les associations et les fondations de souscrire un contrat d’engagement républicain pour pouvoir recevoir des subventions, ou obtenir une reconnaissance d’utilité publique. Cette loi est-elle une source de co-construction vertueuse ou une tentative de mise au pas du monde associatif ? On ne peut pas ignorer les effets pervers de cette loi qui ont conduit à des dissolutions administratives d’associations, à des décisions arbitraires en termes de financement, entre autres, et atteint la confiance du monde associatif en l'État. C’est ce qui a poussé les acteurs associatifs à réagir. Certaines collectivités ont aussi exprimé leurs inquiétudes. Dès février 2022, le RNMA alertait ses membres dans une lettre ouverte, puis cosignait une tribune avec 129 autres acteurs de la société civile en avril 2023.
Le RNMA défend depuis ses origines, l'interconnaissance, le dialogue et la co-construction entre acteurs publics et secteur associatif. Les exemples inspirants ne manquent pas ! Il reste dans cette lignée, d'éveiller, de sensibiliser et d’accompagner les acteurs locaux pour éviter l'écueil de décisions arbitraires et non concertées. Les Rencontres rennaises doivent permettre d’alerter sur les risques des politiques actuelles mais aussi d’ouvrir des possibles en donnant à voir des pratiques inspirantes. Merci à toutes et tous, je vous souhaite de bons travaux et des rencontres riches d’échanges et de convivialité."
Adjointe déléguée à la vie associative à la Ville de Rennes
Rozenn Andro, adjointe déléguée à la vie associative, a souhaité la bienvenue à Rennes et a exprimé sa joie de recevoir les participants pour la première fois en 58 éditions. Elle a souligné l'importance de rendre visible la Maison des Associations de Rennes, créée pour renforcer la collaboration avec le monde associatif. Depuis trois ans, sous une nouvelle mandature, des engagements ont été pris pour soutenir la vie associative, y compris la réécriture de la Charte des engagements réciproques. Cette démarche de co-construction des politiques publiques a impliqué un dialogue constant avec les associations, notamment lors des élections.
Un an de travail a été consacré aux États généraux de la vie associative, aboutissant à la rédaction de la charte des engagements réciproques et des chartes territoriales de la cohésion sociale. Un an après la restitution de ces travaux, les Rencontres Nationales offrent l'opportunité d'évaluer les progrès réalisés. Rozenn Andro a remercié le RNMA pour son soutien et a exprimé sa gratitude envers les participants pour leur aide à développer une réflexion critique sur le travail en cours. Elle a souhaité de belles journées à tous, en particulier lors de la visite du quartier du Blosne.
Vice-président du Mouvement Associatif Rennais et administrateur du RNMA
Frédéric Brémond, coprésident du Mouvement Associatif Rennais, a souligné l'importance de la coprésidence et de la collaboration au sein du Mouvement, qui comprend 14 administrateurs représentant 7000 associations rennaises. L'objectif du MAR est de porter la voix et l'écoute des associations locales, lieu d'échanges et d'entente avec la Ville de Rennes, dans une démarche de co-construction, pas uniquement comme fin en soi, mais surtout comme un état d'esprit.
Il a insisté sur l'importance de trouver des solutions ensemble, même si cela prend du temps. Ses propos ont également mis en avant l'impact des dispositifs d'appui aux associations sur la société et sur les quartiers. Il a souhaité la bienvenue à Rennes à l'ensemble des participants, en soulignant que les équipements de la Ville sont au service des politiques locales, et non seulement des bâtiments à inaugurer périodiquement.
Coordinateur de l'Association Bug
Raphael Mady, coordinateur de l'association Bug, a souhaité la bienvenue à tous et a exprimé sa joie de partager l'expérience rennaise. Il a expliqué que la Maison des Associations est un lieu dédié à la vie associative, confronté aux défis de l'interaction avec le terrain et les enjeux sociétaux. Le thème de la co-construction est central, visant à adapter les usages et à rester connecté aux réalités sociales.
Il a souligné l'importance de l'équilibre entre les hébergés et les associations de la pépinière, ainsi que la mise en pratique des grands objectifs dans la vie réelle. Les sujets abordés incluent la lutte contre les discriminations, l'écoresponsabilité, le numérique responsable et solidaire et les questions de gouvernance. Raphaël Mady a exprimé sa satisfaction de discuter et partager des expériences, soulignant la nécessité de réinterroger constamment les pratiques pour rester pertinents.
Il a encouragé les participants à apprendre, discuter et profiter de leur séjour à Rennes.